Nous les populations d’Europe centrale et orientale vivons depuis des siècles en pleine conscience et en partenariat avec l’environnement qui nous entoure. L’agriculture et l’élevage durables, l’exploitation forestière responsable, ainsi que l’artisanat et les rites anciens qui nous relient à la terre et au monde naturel sont profondément ancrés dans nos cultures.
Depuis les temps les plus reculés, les populations Roms/Gitans font intégralement partie des sociétés d’Europe centrale et orientale. Le nombre total de Roms en Europe est estimé à 10 millions. Environ la moitié d’entre eux (5 millions) vivent dans les pays d’Europe centrale et orientale et d’Europe du Sud-Est. Les Roms sont le seul peuple véritablement transnational vivant en Europe. Ils ont partagé des connaissances précieuses — notamment en matière de construction, de métallurgie, de médecine, de relations avec les animaux et d’entretien des communautés et des relations — et leur travail est à l’origine d’une grande partie de nos civilisations communes. Parce que les Roms n’ont pas “évolué avec leur temps” de la même manière que le reste de la population, ils ont souvent préservé la culture et la science des populations majoritaires. Ainsi, les Roms sont devenus les gardiens des valeurs oubliées du peuple dominant, et ces valeurs ont ensuite été “redonnées” au peuple dominant sous la forme de musique, de danse et de liens avec la terre.
Comme les populations Roms/Gitans, toutes les populations d’Europe centrale et orientale possèdent des connaissances et des techniques anciennes, ainsi que des façons d’organiser leurs communautés qui pourraient faire une différence importante pour les mouvements environnementaux. Mais ce savoir et ces talents ont souvent été ignorés, rejetés et supplantés par les économies et les cultures dominantes.
Les populations d’Europe centrale et orientale ont été opprimées par un certain nombre des grands empires qui nous entourent. Nos communautés traditionnelles ont été remplacées par des sociétés calquées sur le modèle du capitalisme global — des sociétés basées sur l’avidité, la corruption, l’individualisme, le nationalisme, la xénophobie, l’antitsiganisme* et le racisme. Ceci a produit des divisions entre nous et une séparation vis-à-vis de la majorité de la population mondiale (les populations autochtones et les populations d’origine africaine, asiatique et latino-américaine) qui sont sur la ligne de front de la lutte contre le changement climatique.
Tout cela a limité l’efficacité des mouvements environnementaux en Europe centrale et orientale. Cela nous a empêché de contester la dégradation de nos environnements naturels — les sols contaminés, les eaux polluées et la destruction de l’habitat sauvage — et nous a rendus complices de l’extraction du charbon, du gaz et des minerais. Les Roms sont les communautés les plus marginalisées. Ils sont les plus touchés par les politiques qui ne placent pas les communautés, la nature et le bien-être au centre du développement, mais qui se concentrent sur la croissance économique. Les Roms sont également exclus du développement, bien qu’ils utilisent le moins de ressources.
Mais la situation est encore porteuse d’espoir. Il est possible de limiter les effets du changement climatique et de restaurer entièrement l’environnement.
Aux grands maux les grands remèdes, et les populations d’Europe centrale et orientale peuvent jouer un rôle-clé dans la recherche de solutions qui ne laissent aucun humain de côté ; qui ne dressent aucun groupe contre un autre ; qui ne permettent pas qu’un groupe particulier retire un bénéfice en prenant avantage d’un autre groupe ; qui mettent l’accent sur la coopération et non sur la division ; qui unifient de plus en plus de gens ; et qui se focalisent sur des actions décisives pour préserver toute forme de vie.
Nous devons également prendre davantage conscience des “bénéfices” que nous avons pu tirer de politiques oppressives et nous extirper de la confusion qui a fait que nous ne les avons pas dénoncées.
Sustaining All Life (Préserver la vie sous toutes ses formes) et United to End Racism (Unis pour Éliminer le Racisme) propose des outils — par exemple, relater des expériences personnelles — qui peuvent nous aider à guérir des effets liés à :
- la guerre et d’autres formes de violence ;
- l’anti-tsiganisme et d’autres oppressions ;
- les crises économiques ;
- la pauvreté ;
- la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles ;
- les politiques conflictuelles de nationalisme étroit et de xénophobie.
La guérison s’accompagne d’une pensée plus claire et de perspectives plus précises qui rendent possible la construction d’un mouvement environnemental unifié et la création de solutions d’envergure. En tant que force unie, les populations d’Europe centrale et orientale, y compris les populations Roms/Gitans, peuvent jouer un rôle-clé dans la préservation de toute forme de vie sur la Terre.
*L’anti-tsiganisme est le racisme dirigé contre les Roms, les Gitans et les Sinté ; contre les Gens du Voyage et d’autres ethnies stigmatisées sous le vocable “tziganes” dans l’imagination populaire. L’expression est souvent utilisée dans un sens étroit pour indiquer des attitudes anti-Roms, des stéréotypes négatifs ou un discours de haine dans la sphère publique. Toutefois, elle recouvre un spectre beaucoup plus large de pratiques discriminatoires, telles que la dévalorisation de la contribution de ces groupes
